Point de croix, MP3 et vidéo-protection : confession d’un citoyen sans rien à cacher

Vidéo surveillance droit à l'erreur

« Je n’ai rien à cacher »… jusqu’au jour où une caméra, une boîte noire ou un algorithme décide que votre vie ordinaire mérite d’être interprétée.

« Je n'ai rien à cacher » (sauf peut-être ma vie)

Je déterre ce billet en état de brouillon pour le mettre à jour et le publier. Pris au hasard de mes navigations, je tombe sur des articles expliquant que la surveillance en France progresse tranquillement, méthodiquement, avec des « boîtes noires » pleines de bonnes intentions c'était en 2015.

Je me rassure immédiatement :

Je n'ai rien à cacher.

Comme tout le monde.

Enfin… presque.

1. Terroriste spécialisé en point de croix

Direction un salon de point de croix à Compiègne. Oui, je sais, profil radicalisé évident.

Petite virée touristique au passage : Notre-Dame, la Tour Eiffel, l'Arc de Triomphe. Tant qu'à être fiché, autant faire les monuments.

Une semaine plus tard : 130 € pour circulation sur voie de bus, quai de Seine.

Je précise :

  • Feux respectés;
  • Voies respectées;
  • Code respecté;
  • Zenitude respectée.

Sauf que…

Travaux.
Une voie bloquée définitivement.
Une autre bloquée par un engin de chantier immobile.
Tout le monde passe sur vingt mètres de voie de bus.

Tout. Le. Monde.

Mais la caméra, elle, ne connaît pas :

  • les pelleteuses;
  • les impasses;
  • le bon sens;
  • encore moins le concept révolutionnaire de droit à l'erreur.

L'automatisation ne dit pas :

« Bon, vu le contexte, on va faire preuve de discernement. »

Elle dit :

« Article R412-7. 130 €. Merci. Suivant. »

Avant, un agent pouvait constater la situation.
Aujourd'hui, un algorithme constate que vous avez existé au mauvais endroit.

Le progrès.

2. Criminel musical récidiviste

J'ai environ 500 MP3 sur mon ordinateur.

Dont l'intégrale d'OMD. (Quelques uns de leurs tubes sur youtube)

Problème : j'ai passé du temps à ripper mes CD, mais les mp3 c'est mal.

Précision utile :

Passé un certain âge nous avons vu la techno défiler…

  • J'ai acheté les cassettes;
  • Puis les CD;
  • Puis parfois les remasters;
  • Me suis tapé des pubs sur YouTube;
  • De la redevance
  • De la taxe pour copie privée los des achats de disques durs de mes téléphones...

J'ai financé le groupe à hauteur du PIB d'un petit village.

Mais juridiquement ?
Un MP3 douteux reste un MP3 douteux.

Conclusion algorithmique possible :

Sujet adepte du piratage culturel. Tendance underground synth-pop.

Je sens déjà la cellule anti-terroriste vibrer.

3. Travail dissimulé à haute teneur en raclette

Il m'arrive de dépanner des amis en informatique.
Un coup de prise en main à distance.
Un redémarrage.
Un « as-tu essayé d'éteindre et de rallumer ? ».

Rémunération :

une invitation à dîner.

Profil automatique :

  • échange de service;
  • absence de facturation;
  • flux non déclaré.

Conclusion :

Travail dissimulé à base de tartiflette.

4. Fréquentations dangereusement normales

Dans nos amis : un couple homosexuel.

Sympathiques. Discrets. Dynamiques.
Tellement « bien sous tous rapports » qu'ils ont même fini par se marier.

Et j'étais à leur mariage.
Très beau moment.
Champagne. Restauration au bord de l'atlantique.

À l'époque, j'étais sincèrement content que la loi leur permette de se marier.
Une liberté de plus. Une égalité de plus. Un progrès tranquille.

Aujourd'hui, rien à signaler.

Mais l'histoire est facétieuse.

Les droits avancent…
Puis parfois reculent.

Il suffit qu'une majorité politique change.
Il suffit qu'une morale devienne dominante.
Il suffit qu'une crise serve de prétexte.

Dans certains pays, l'homosexualité est pénalisée.
Dans d'autres, elle conduit à la prison.
Et ailleurs encore, elle peut conduire à la peine de mort.

Alors un fichier, aujourd'hui anodin
« Présent au mariage de Gérald et Fred »
ou ce simple billet où j'écris que j'étais trop content pour eux…

… peut dormir longtemps.

Très longtemps.

Jusqu'au jour où mon « je n'ai rien à cacher »
ne mettra plus seulement moi en porte-à-faux.

Mais eux en danger de mort. (dans 12 pays en 2026 c'est potentiellement peine de mort)

Car moi, je risque un débat télévisé.
Eux pourraient risquer bien plus.

Les données sont neutres.
Les régimes ne le sont pas toujours.

Mais bon.

Je n'ai rien à cacher.

5. Flux financiers suspects

Capture écran site Efsa
Illustration rien à cacher
  • J'achète sur Le Bon Coin.
  • Sur eBay
  • Oui, même sur AliExpress. Pardon.
  • Je fais des paiements PayPal à des développeurs de logiciels libres.
  • Parfois directement à la personne.
  • De mail à mail.
  • De particulier à particulier.

Pire, je tente un peu de bitcoin qu'il me faut déclarer maintenant, au risque de voir débarquer des cagoulés prendre mon épouse en otages !!!

Ça manque un peu de ministère, tout ça.

6. PDF tentateurs et séries violentes

  • Il m'arrive de récupérer un PDF pour lire un article précis.
  • Recevoir un powerpoint raciste ou qui parle de chibritte (aille là c'est foutu!!!)
  • Il m'arrivait de regarder des témoignages de français en Russie (bon maintenant c'est devenu quasi impossible censuré).
  • Il m'arrive de transférer un mail drôle ou politique.

Ajoutons :

  • des SMS idiots (sans filtre),
  • des conversations sarcastiques,
  • une cousine au Maroc.

Algorithme, fais ton œuvre.

7. Vidéo-protection (le mot est important)

On ne dit plus « vidéo-surveillance ».
On dit « vidéo-protection ».

C'est plus rassurant.
Ça sonne comme une couverture chauffante républicaine.

Petite anecdote réelle.

Maman, 80 ans.
Parking du supermarché Carrefour proche de Lyon.
Manœuvre malheureuse d'un autre automobiliste.
Voiture tamponnée.
La responsable s'en va sans laisser son identité.

Problème :

le parking est intégralement équipé en vidéo-protection.

Tout a été filmé.

On respire.

Il suffit de :

  • récupérer la vidéo,
  • identifier le véhicule,
  • retrouver le conducteur,
  • appliquer le droit.

Simple. Moderne. Efficace.

Dans la vraie vie :

  • Le magasin ne veut même pas lui dire combien de temps les images sont conservées.
  • La plainte est déposée.
  • La gendarmerie ne donne rien.
  • Personne ne se déplace.
  • Personne ne visionne.

Il aurait suffi qu'un gendarme passe cinq minutes sur place.

Cinq minutes.

Mais la caméra, elle, n'est pas là pour ça.

L'assurance conclut :

« Ne vous inquiétez pas madame, vous n'aurez pas de malus. »

Traduction :

  • Ce n'est pas le responsable qui paiera.
  • Ce sont les cotisants.

La vidéo-protection protège donc :

  • le concept,
  • la statistique,
  • le panneau à l'entrée du parking.

Mais pas la victime.

Et c'est là que la question devient intéressante :

Si ces caméras ne servent pas à résoudre le quotidien d'une dame de 80 ans,
à quoi serviront-elles quand il s'agira d'analyser des flux, des comportements, des profils ?

Parce que pour sanctionner automatiquement vingt mètres sur une voie de bus,
le système fonctionne très bien.

Pour protéger une victime concrète,
plouf plouf…

Mais bon.

Je n'ai rien à cacher.

Conclusion

Le vrai problème du « je n'ai rien à cacher »

Le « je n'ai rien à cacher » suppose que :

  • Les lois resteront toujours raisonnables.
  • Les interprétations resteront toujours humaines.
  • Les outils resteront toujours bienveillants.

Or ce qui disparaît doucement, ce n'est pas la sécurité.

C'est le droit à l'erreur, à l'oubli

Une société humaine accepte :

  • l'approximation,
  • le contexte,
  • la nuance,
  • la bonne foi.

Une société automatisée accepte :

  • 0 ou 1.
  • Présent ou absent.
  • Conforme ou non conforme.
  • Autorisé ou sanctionné.

Sans pelleteuse, sans sourire, sans « allez, circulez ».

Un jour peut-être je serai en roue libre,
et si je compte un peu militer ou défendre des convictions.

Et là, soudain, toutes ces données anodines pourraient devenir… intéressantes.

Pas parce que j'ai quelque chose à cacher.
Mais parce qu'un jour, quelqu'un pourrait décider que quelque chose devait être caché.


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Edito :


Au départ, ce blog était un espace dédié à ma passion pour la photographie et à la découverte du département qui m'accueille, le Tarn-et-Garonne.

Avec le temps, mes centres d'intérêt ont évolué… et le blog aussi. Tant pis (ou tant mieux 😉) : j'y partage désormais, au fil de mes envies, des projets variés mêlant photo, bricolage, électronique, impression 3D et tests de petits outils ou composants utiles au quotidien.

Ce blog reste avant tout un lieu de partage, sans prétention, où je présente mes expériences, mes essais et mes découvertes. J'espère que la lecture vous plaira, et surtout, n'hésitez pas à laisser un commentaire : cela fait toujours très très plaisir.


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