Saint Etienne de Tulmont municipales : chronique d’un village sous ralentisseurs
Les chauffards ralentissent 50 mètres. Les riverains subissent toute l’année.
Dans mon village, la campagne municipale a un thème fédérateur : la sécurité routière. Enfin… surtout l'équipement routier. Casse-vitesse, chicanes décoratives, écluses et slaloms pédagogiques : on ne circule plus, on expérimente.
Les trois listes rivalisent d'imagination et de budgets pour nous faire lever le pied et accessoirement lever les suspensions. À ce rythme, on va bientôt devoir prévoir une révision complète du train avant entre deux bureaux de vote.
La sécurité en question
Bien sûr, tout cela est fait pour sauver des vies. Argument moralement indiscutable. Qui oserait dire qu'il préfère le risque à la prudence ? Pourtant, devant chez moi, le radar aura déjà été associé à au moins trois accidents très graves. Mais peut-être est-ce une phase de rodage démocratique.
Quant aux casse-vitesses, mystère statistique. Leur efficacité réelle doit être soigneusement rangée quelque part entre les études d'impact optimistes et les bilans financiers pudiques.
Le futur, c'est maintenant
Chez mes parents, vers Marcy-l'Étoile, on a l'impression d'être dans le futur. Une avenue avec terre-plein central façon couloir d'essai aéronautique : un semi-remorque passe à moins de 50 cm du vélo… ou reste derrière, créant une file de voitures contemplatives.
Priorité à droite ici, stop là, et dans tous les cas un casse-vitesse tous les 500 mètres. Une dizaine pour atteindre l'autoroute : de quoi arriver à destination parfaitement réveillé, légèrement secoué et profondément discipliné.
La logique collective
Le plus fascinant reste la logique collective. Comme à l'école ou à l'armée quand le mauvais prof punissait toute la classe au lieu du coupable. Quelques chauffards ? Très bien :
- Ralentissement général
- Suspension commune
- Gymnastique mécanique obligatoire pour tous
Et surtout — paradoxe délicieux — les mauvais conducteurs ralentissent pile au niveau du radar ou du dos d'âne… puis réaccélèrent aussitôt avant ou après. La pédagogie par obstacle a ses limites : elle corrige le symptôme au point précis, rarement le comportement sur la durée.
Vers plus de démocratie
Alors oui, la sécurité est une priorité. Mais à minima, ce type de décision devrait toujours être accompagné d'un mini-référendum local, au moins par internet. Ne serait-ce que pour éviter des dépenses parfois peu utiles, et pour que ceux qui vont subir freinages et accélérations intempestifs devant chez eux aient leur mot à dire.
Et pourquoi ne pas afficher clairement le coût ? Combien pour le radar, combien pour chaque casse-vitesse, combien pour l'entretien, combien pour les véhicules abîmés publics comme privés. La transparence aussi peut sauver des nerfs… sinon des vies.
En guise de conclusion
Au fond, la démocratie locale gagnerait peut-être à fonctionner comme ces ralentisseurs : on lève le pied, on regarde, on décide ensemble… et seulement ensuite on avance.