Et si les photos de famille avaient enfin leur maison ?
Un projet personnel pour ne plus laisser la mémoire familiale s'effriter dans des dossiers oubliés : une application web légère pour garder ensemble les visages, les dates et les histoires.
Les photos de famille finissent toujours au même endroit : des dossiers aux noms approximatifs, éparpillés sur trois disques durs, un vieux téléphone et un cloud qu'on n'a pas ouvert depuis deux ans. On sait qu'elles sont là. On ne sait plus vraiment où. Et un jour, on réalise qu'on ne se souvient plus du prénom de la personne sur la photo.
C'est ce constat qui m'a poussé à démarrer un projet personnel : une application web légère, hébergée chez soi, pour réunir visages, dates et histoires dans un seul endroit pensé pour durer.
Pourquoi une application et pas un album en ligne ?
Les solutions existantes ne manquent pas — Google Photos, iCloud, Flickr, et une dizaine d'autres. Elles ont toutes un point commun : elles appartiennent à quelqu'un d'autre. Le jour où le service ferme, change de modèle économique ou décide que vos données ont de la valeur, vous êtes tributaire de leur décision.
Une application personnelle, c'est l'inverse. Vous contrôlez les données, le format, la pérennité. Pas de compte à créer, pas d'algorithme pour décider quelles photos méritent d'être "mises en avant", pas de publicité ciblée sur le visage de votre grand-mère.
- Hébergement local ou sur votre propre serveur
- Données au format ouvert, exportables à tout moment
- Interface simple, pensée pour les non-techniciens de la famille
- Recherche par personne, date, lieu, événement
Ce que l'application permet concrètement
L'idée n'est pas de créer un réseau social familial. C'est bien plus simple et bien plus utile : lier chaque photo à des informations qui, sans ça, seront perdues dans dix ans.
Qui est sur cette photo ? Quand a-t-elle été prise ? Quel était le contexte ? Qui l'a prise ? Ces métadonnées humaines — celles que l'EXIF ne contient pas — sont exactement ce que l'application est conçue pour capturer et conserver.
Une photo sans contexte, c'est un visage sans nom. Dans deux générations, personne ne saura plus qui c'est. L'application est là pour empêcher ça.
Pour faire un programme, il faut aussi l'utiliser
Développer un outil pour la mémoire familiale sans s'en servir soi-même, ce serait passer à côté de l'essentiel. Alors j'ai commencé à alimenter l'application avec de vraies fiches — des souvenirs que je veux ne pas perdre.
La première que j'ai rédigée concerne mon père.
Il avait 11 ans. On l'a mis dans un train à Dombasle-sur-Meurthe, près de Nancy, avec une pancarte autour du cou — comme on le faisait alors pour les enfants non accompagnés. Destination : une école militaire à Aix-en-Provence. Seul. Toute la France à traverser.
Le moment le plus redoutable du voyage n'était pas la distance. C'était Paris. Changer de gare dans une capitale inconnue : quitter la Gare de l'Est, traverser la ville avec sa valise, rejoindre la Gare de Lyon. Deux mondes séparés par quelques kilomètres et une infinité d'inconnu pour un enfant de province qui n'avait encore jamais quitté la Lorraine.
Tout cela dans le fracas et la fumée des locomotives à vapeur. Les quais noirs de suie, les portières qui claquent, les compartiments en bois, les adultes pressés qui ne font pas attention à un enfant avec une pancarte.
Il est arrivé. Il a fait ses années là-bas. Il n'en parlait presque jamais.
C'est peut-être pour ça que j'en parle maintenant — et que j'ai construit un endroit pour ne plus laisser ces histoires se perdre.
La suite du projet
L'application est encore en cours de développement. Les premières fonctionnalités sont opérationnelles : ajout de photos, fiches personnes, liens entre photos et individus, recherche simple. La prochaine étape sera la gestion des arbres de relations — pour pouvoir dire non seulement qui est sur la photo, mais aussi qui sont les parents, les frères, les cousins.
Le code sera publié en open source quand il sera suffisamment stable pour être utile à d'autres. Si vous avez des besoins similaires ou des idées, les commentaires sont ouverts.